Edito juridico-ludique n°7

Un long dimanche de plaidoirie

C’est pas pour parler de la pluie et du beau temps, mais avouez que dimanche dernier, c’était le temps idéal pour aller se faire une toile !

Dans l’interminable file qui me séparait du guichet, j’eus tout le temps de prêter attention à la conversation de mes voisins. Quand je dis « conversation », je devrais plutôt dire débat… Ou monologue enflammé… Non ! C’était une plaidoirie, et ce type devait être avocat, ou je ne m’y connais pas !

Je vous plante rapidement le décor : d’emblée, ils ne veulent pas voir le même film. Avec ma femme, on a établi une règle simple : chacun choisit le film à son tour. Et comme ma femme n’a aucune mémoire, c’est souvent mon tour ! Mais ne lui répétez pas…

Bref, ils ne sont pas d’accord et c’est là que Monsieur se lâche !

« Attendu que le genre cinématographique représente à la fois un divertissement et une opportunité de s’ouvrir l’esprit a des étendues intellectuelles inexplorées, choisir un film représente, pour le commun des mortels, un acte symbolique d’expression des libertés individuelles fondamentales et inaliénables. C’est pourquoi, dois-je te le rappeler Pupuce, nous ne saurions opter pour un film sur le seul critère d’une bande-annonce racoleuse. J’en veux pour preuve les dispositions de l’article de Télérama n°2357, page 34, paragraphe 3, je cite : « C’est ubuesque ! ».

Attendu enfin que Bernard, dont nous reconnaissons la compétence dans cette affaire, avait admis que ce film est complètement nul et non avenu, il ne fait plus aucun doute, mesdames et messieurs les jurés, que ce n’est pas ce seul film qui doit retenir notre attention.

Mais pourquoi, me demanderez-vous, jeter notre dévolu sur ce film d’auteur moldave ? Non ce n’est pas un choix par défaut ! Et je vais vous en apporter la preuve… ».

C’en était trop pour moi ! Par chance, ma séance débutait. Et en ressortant, figurez-vous, que la plaidoirie n’était pas encore tout à fait finie ! Cette femme a bien du courage, me suis-je dit. A sa place, il y a bien longtemps que la mienne serait allée sur Internet taper « avocat divorce paris procédure rapide ». C’est terrible la déformation professionnelle qui vient empoisonner la vie de tous les jours. Par chance, je suis gynécologue.