Le confinement : une épreuve qui a aussi été bénéfique

Les articles, tribunes, émissions de radio, de télé, ont été nombreux à nous parler des couples pendant le confinement et de comment le préserver dans cette épreuve. Les avocats en droit de la famille, aux premières loges, ont en effet constaté que certains couples n’avaient pas résisté à ces quelques mois « l’un sur l’autre ». Mais nous avons également assisté à des déblocages de situations complexes. L’épreuve a eu aussi un effet bénéfique pour certains.

Si le cabinet prône le droit collaboratif, et globalement une approche amiable pour régler les conflits, c’est avant tout parce que nous savons que les séparations sont bien plus des souffrances à panser que des guerres à mener. Difficile à envisager sous cet angle lorsque l’on est dans le cœur d’une séparation ou d’un divorce… Pourtant, les accords trouvés de manière amiable, lors d’un processus où chacun a pu non seulement exprimer sa douleur mais surtout être entendu et reconnu, sont les plus pérennes. Il est rare de revenir devant le juge deux ou trois ans après un tel accord, alors que les couples y ont très souvent à nouveau recours après une décision qui leur a été imposée, faute d’entente.

Contre mauvaise fortune

Pendant la période de confinement, nous avons pu voir certains couples qui, quelques semaines avant étaient prêts à « en découdre » et semblaient incapables de se parler, réussir ce que nous pensions impossible : s’entendre. Assister à ces revirements de situation sont particulièrement éclairants et nous questionnent aussi sur le meilleur accompagnement à proposer à nos clients, dans leur intérêt.

Comment expliquer que le confinement ait pu avoir cet effet bénéfique sur certains ? La contrainte absolue, non discutable, non négociable, qui s’abattait sur les deux indistinctement et qui ne pouvait pas être vécue comme une injustice par rapport à l’autre a joué ici le rôle d’électrochoc positif, remettant tout à plat. Pour avancer, il fallait s’entendre. Pour que chacun puisse voir les enfants, il fallait s’organiser. La justice était à l’arrêt, les avocats uniquement accessibles en visio. Face à eux-mêmes, ces couples ont réussi à se reconnecter l’un à l’autre, non pas pour renouer, mais pour régler les désaccords. Ils ont fait face en vivant l’épreuve ensemble et non plus l’un contre l’autre.

Évidemment, nous n’avons pas de statistiques pour étayer ce propos. Mais il suffit d’un exemple pour réfléchir à la pertinence de la contrainte qui oblige à regarder dans la même direction. Lors d’un divorce, on est souvent focalisé sur ce qui nous sépare et non plus sur ce qui nous rapproche peut-être encore. Antoine de Saint-Exupéry disait : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. » Il existe de nombreuses manières d’aimer – amour, amitié, tendresse, camaraderie, chacun mettra le mot qui lui convient – mais lorsque deux personnes se sont aimées et qu’ils ont eu des enfants ensemble, à moins d’actes répréhensibles, il est possible de continuer de regarder dans la même direction pour trouver l’organisation de vie qui satisfera tout le monde. Cette vision peut paraître un peu optimiste, mais elle n’est pas utopique. Et le droit collaboratif permet d’aider les deux parties à s’en rendre compte.