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Parole de l’enfant

L’art subtil de l’audition de l’enfant

Prendre en compte les sentiments de l’enfant, souvent tiraillé entre ses parents qui se séparent, est un exercice délicat. Le juge doit respecter la loi, mais aussi faire preuve d’une écoute sensible, de pédagogie, voire de psychologie.

Lorsque le juge entend l’enfant, il doit avant tout bien lui expliquer le cadre dans lequel il s’exprime. En effet, entendre ses sentiments ne signifiant pas que la décision finale soit nécessairement conforme à ses désirs, il est important dès le début de faire preuve de pédagogie. Car les souhaits de l’enfant ne sont qu’un élément que le juge prend en considération parmi d’autres. Il est essentiel de le faire comprendre à l’enfant, et parfois même aux parents. Cela permet également de déculpabiliser l’enfant en diminuant le poids de sa parole. Car il n’est pas rare qu’il soit instrumentalisé par l’un ou l’autre de ses parents et qu’il se sente obliger de prendre partie.

Comment utiliser la parole de l’enfant ?

L’audition de l’enfant doit se faire dans le respect du contradictoire. C’est pourquoi le juge est tenu d’en établir un compte-rendu. S’il peut être seulement sous une forme orale, le compte-rendu est généralement écrit. Il s’agit d’un compte-rendu et non d’un procès verbal : c’est-à-dire que le magistrat a une certaine latitude pour le rédiger. Le code de procédure civile précise que « dans l’intérêt de l’enfant, il est fait un compte-rendu de cette audition ». L’intérêt de l’enfant ici mentionné encourage le magistrat à reformuler les propos de l’enfant, parfois même à édulcorer quelques peu ses dires pour préserver sa relation à ses parents et éviter toutes représailles. Le juge doit donc ici faire preuve d’habileté tout en retranscrivant au mieux ce qui a été exprimé. L’enfant est souvent assisté d’un avocat lors de cette audition, ce qui facilite le travail du juge et aide l’enfant à se libérer.

En revanche, le juge n’est pas tenu de reprendre les propos de l’enfant dans sa décision. Il doit toutefois mentionner qu’il a pris en considération ses sentiments. C’est là encore dans l’intérêt de l’enfant : en ne gravant pas dans le marbre ce qu’il a exprimé, la justice évite de créer un lien de causalité entre les propos de l’enfant et la décision de justice afin que le mineur n’en porte pas la responsabilité.

L’audition de l’enfant est un exercice délicat et le juge doit montrer des compétences d’équilibriste qui ne sont pas toujours faciles à appréhender. C’est la raison pour laquelle certains juges délèguent systématiquement cette audition à des professionnels, notamment au psychologue attaché au Tribunal ou à l’expert mandaté pour mener l’enquête sociale ou l’examen médico-psychologique quand il y en a besoin. Complexe pour le juge, cette audition est avant tout difficile pour l’enfant qui se retrouve bien souvent en position d’arbitre entre ses deux parents.